Le commencement.
Encore jeune et innocente, nouvellement complexée par mon poids, je décidai d'arrêter de manger le 18 décembre 2006, peu avant le réveillon de Noël. Une semaine qui me parut interminable, longue, douloureuse, car j'allais en cours le matin sans petit déjeuner dans le ventre, ce qui représentais pour moi une épreuve, le midi je faisais semblant d'être malade, "j'ai pas faim" phrase incroyable que mes parents n'avais encore jamais entendu de ma propre bouche, et le soir je disais être fatiguée pour aller me coucher.
Il faut dire que "niveau parents" cette semaine se passa sans encombre, car eux, trop content de me voir maigrir un peu, me laissèrent faire. Ma mère se rassurait : "un petit régime avant le réveillon ça ne fait pas de mal" et mon père qui me voyait rentrer tous les midis du lycée pour manger une pomme ne me disait rien. Juste un peu étonné.
Je me suis très vite habituée à la faim et la pesée du matin devint ma drogue. Si ma mère avait le malheur d'être dans la salle de bain quand je me levais, elle avait le droit à un "je t'avais dit que je prenais la salle de bain à 7h!" de très mauvaise humeur. J'étais insupportable jusqu'à ce qu'elle cède et qu'elle aille prendre son petit dej' en attendant que je finisse.
Pour moi cette obsession de la balance le matin était ma libération : avant dès que j'ouvrais les yeux, je pensais à la cuisine et aux céréales qui m'attendaient. Mais l'image fut remplacée par celle de la salle de bain et de la balance qui allait m'afficher un chiffre plus bas que celui de la veille. C'était ce qui me mettais de bonne ou de mauvaise humeur pour la journée. Tout tournait autour de ce pesage fatidique du matin.
Les vacances de Noël débutèrent, j'étais à 57 kg. Je me suis juré qu'à la rentrée je serais dans les 54 kg. Et je l'ai juré... avec Ana, nouvelle amie que j'avais découvert sur le net. Ana, qui n'a jamais entendu son prénom? Les "pro-ana" dit-on, et bien moi, curieuse j'ai cherché. Et j'ai lu, parcouru des centaines de pages pour trouver des trucs et astuces, pour maigrir plus vite. J'ai été fascinée. Par cette gigantesque communauté, ces filles si solidaires les unes envers les autres, tout de suite j'ai voulu en faire partie, avoir le bracelet rouge, comme elle, comme ces filles magnifiques dont les photos jonchaient ces blogs. Je n'avais absolument pas compris l'aspect : "on se soutient parce qu'on est malade et qu'il faut qu'on en parle pour aller mieux" des pro-ana. J'ai plongé moi aussi, j'ai viré de bord, et je me suis dit "je veux être anorexique".
Phrase fatale, preuve même d'un semblant de maladie, ce qui me pousse à me dire que j'étais prédestinée à tomber dans les TCA. Aujourd'hui je cherche avec ma psy les causes de mon passées, car il y en a obligatoirement, qui sont liées avec ce moment.
Le réveillon est arrivée, je faisais 55,5kg, jamais je n'avais été aussi bien dans ma peau, mes pantalons étaient déjà un peu trop grands et je mettais des petites couches de vêtements car je commençais à avoir froid. Mes parents eurent un petit déclic à ce moment là, réveillon de Noël, eux qui mangèrent avec appétit et joie, moi qui broyais du noir à table parce que je voulais aller dans ma chambre. J'ai résisté, malgré tout ce qu'ils me dirent, leur déception, eux qui avaient cuisiné de bons petits plats, eux qui s'étaient donné du mal (il y avait mes grands-parents aussi). Non. Je savais parfaitement ce que je voulais, et rien n'aurais pû me faire changer d'avis. J'ai mangé une feuille de salade sans sauce et trois asperges.
Enfermement.
La rentrée fut la plus belle de toute ma vie, j'étais tellement impatiente de revoir mes amies ! Un beau lundi, ensoleillé, je flottais dans mon 38, et je faisais 53,5 kilos. J'ai réussi, ce que je m'étais imposé, j'avais même surpassé mon défi. Mais j'étais persuadée d'avoir eu de l'aide. Je croyais totalement en Ana, je lui parlais dans la salle de bain, je voyais des petits signes qui m'étaient adressés, je caressais mon ventre quand j'avais faim, la croyant là, avec moi. Elle faisait partie de ma vie, elle était plus que moi, elle était en train de me ronger. Je croyais être une chanceuse, une sorte d'élue, pour laquelle Ana passait du temps, luttant avec moi contre cette graisse qui me donnait envie de vomir.
Vomir... j'y est pensé. J'ai essayé. Je me sentais trop coupable après avoir avalé un yaourt... mon dieu c'était trop, j'allais grossir et Ana allait me punir... j'étais mal avec ce yaourt dans le ventre, repas luxueux d'un midi, puisque je ne m'autorisais qu'une demi pomme en ces temps-ci. J'ai pas réussi. Vomir, c'est dur, c'est une épreuve de plus qu'il me faudra un jour réussir pour maigrir jusqu'à la perfection. Je cherchais cette perfection, j'y croyais, j'étais persuadée qu'elle existait. Si j'avais su...
Mes amies n'en revinrent pas, "Maud! tu as maigris!". J'étais si fière ! Si heureuse ! Et dans le fond je devenais de plus en plus dépendante du personnage de Ana, quand on me disais des compliments je pensais, "c'est grâce à elle".
Mais, sans vraiment m'en rendre compte, je m'enfermais, avec elle justement, dans une noirceur, dans une bulle. Je ne voulais plus aller chez les unes ou les autres, je ne voulais plus traîner avec elles, j'évitais tout le monde. Car sans cesse, ils parlaient de bouffe. À la récré tout le monde sortait sa barre de céréales, sa pomme, ses barres chocolatées... Enfer, éloignez ça de moi malheureux ! Mais d'un autre côté j'aimais beaucoup les regarder manger et compter les calories une à une quand leur bouche mâchait. Je commençais à me nourrir par substitution : les autres qui mangeaient, les odeurs... tout ça me remplissait l'estomac.
Début des crises.
Puis l'enfer commença réellement. Le jour où, pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée dans la cuisine à me goinfrer sans rien pouvoir faire pour m'arrêter. Pourquoi l'enfer? Parce que ce qui me faisait réellement jouir dans l'anorexie, c'était de tout contrôler, tout maîtriser. La perte de contrôle lors d'une crise est un véritable coup pour son soi, son orgueil propre. Et puis quelle torture, quelle souffrance. Un estomac si petit qu'il était calé par un quart de pomme, se retrouvait remplis de choses plus horribles les unes que les autres.
C'était en avril, je faisais 51 kilos, je stagnais et je m'ennuyais durant les vacances. Alors c'est arrivé. Et en un jour j'ai découvert ce qu'était une véritable crise, et ce qu'était le fait de se forcer à vomir. J'ai réussi, pour la première fois de ma vie, et la fierté d'avoir "rattrapé le coup", d'avoir réussi à tout enlevé, d'avoir la certitude que le lendemain sur la balance, il n'y aurait pas de chiffre plus grand... cette fierté est passée bien au-dessus de la honte qui me torturait l'esprit.
Il faut dire qu'à cette époque de l'année, ma mère avait décidé, elle aussi, de maigrir un peu. Quand j'en faisais 60, elle faisait 50 kg. Jamais je ne m'étais imaginé descendre plus bas qu'elle, mais je voulais m'en rapprocher le plus possible.
Je me rappellerais toute ma vie, le jour où je mangeais avec appétit, une des premières fois, et qu'elle avait gardé son assiette blanche et vide, me regardant d'un air fixe. Pourquoi a-t'elle fait ça? J'ai pris ça pour de la provocation et je me suis goinfré. Je suis aller tout vomir un quart d'heure après. Pourquoi moi-même j'ai fait ça? Pour me prouver que j'étais plus forte qu'elle et que j'allais la vaincre. Que moi j'avais franchis l'étape du dessus en réussissant à vomir et qu'avec ce "bonus", je la dépasserais. L'esprit de compétition a toujours marché à bloc chez moi, en cours, avec mon frère, et avec ma mère... je suis retombée dans une période d'anorexie, entrecoupée de crises de boulimie et de vomissements.
Or toutes les filles (ou garçons...) étant passées par les TCA ne pourront nier un fait : la conscience est un véritable coach. Pendant une crise, elle trouvera des milliers de phrases qui encouragent à continuer à manger : "au moins tu te ressources, tu n'auras plus de carences", "tu vas enfin être en forme!", "un petit jour de jeun et on reviendra là où on en était"...
Ana ne peut plus rien pour moi quand je suis dans la cuisine et que j'ai commencé. Et là, chef d'oeuvre de la conscience, vient l'excuse suprême "de toute façon, après tu peux vomir". Oui et ça, je n'ai jamais résisté à cette phrase choc. Car oui, c'est vrai, il suffit d'être seule (je faisais rarement des crises quand il y avait quelqu'un à la maison) et d'avoir des toilettes chez soi... Mais un petit os bloquait dans ce raisonnement, c'est que parfois, je n'arrivais pas à vomir. Je mangeais comme cinq, j'avais chaud, j'étais mal, j'avais l'estomac si gonflé que j'aurais pû être enceinte de 5 mois, mais une fois les doigts dans la gorge, rien. Et j'avais beau forcé, pleurer de rage, devenir aussi rouge qu'une tomate trop mûre, cracher ce qui ne sortait pas, m'en vouloir à mort... rien ne sortait. Et ces fois là furent de loin les pires. J'allais alors me réfugier dans mon lit, la tête sous la couette, je voulais disparaître. À jamais.
Mes pensées les plus noires viennent de ces heures, si longues, à attendre que la digestion se fasse. Je me voyais sauter, en chute libre, voler, et mourir, pour oublier toute la souffrance que j'endurais. Je pleurais parfois pendant des heures, et seul mon vieux mp3 était capable de me consoler.
L'été.
Fin juin, j'étais à 49 kilos, je n'avais pas vu le médecin depuis mars, alors que j'en faisais 52kg. Je n'avais pas eu mes règles depuis février. ça ne m'inquiétais pas plus que ça, plutôt heureuse de se débarrasser d'une telle corvée, et je ne pensais plus qu'aux vacances d'été qui approchaient à grands pas.
Je passai trois longues semaines avec mes parents dans un village vacances, mangeant trop à mon goût, mais profitant de plage et piscine à volonté. Pour la première fois, j'étais à l'aise sur la plage. Je courais, sans cacher mes cuisse où mon ventre, puisqu'il était plat. J'avais en plus grandis depuis l'hiver et ces quelques centimètres en plus profitaient à ma ligne.
je ne suis pas tout de suite rentrée à la maison, j'ai passé une semaine chez mes grand-parents accompagnée de ma cousine de 13 ans, une vraie crevette qui ne mangeais rien. Tant mieux, j'ai fait pareil. Je me suis appliquée à manger exactement la même part qu'elle. J'ai perdu deux kilos, en une semaine. Dégoûtée.
Puis je suis partie en camps d'ados au mois d'août. Le principe? On dort dans des tentes à côtés d'une prairie où restent nos chevaux attitrés. Tous les jours, du matin au soir, on est à cheval, en randonnée. Le premier jour, je fus à table avec une fille absolument magnifique, qui devint très vite une amie et mon modèle. Du haut de ces 1m78, elle pesait 51 kilos. Enfer ce qu'elle était belle et mince ! Ce midi-là, on était assise à côté et je fixais son poignet. Il y a avait un bracelet rouge, beau, flamboyant. Elle vit le mien, sourit, et à partir de ce moment là a débuté la meilleure colonie que je n'ai jamais faite. Matin, on buvait un verre de lait, pour tenir un minimum sur nos chevaux, le midi on prenait une part de pastèque ou quelques cornichons, et le soir on s'arrangeait pour paraître très fatiguées et un peu malade, et on restait à papoter ou à dormir dans notre tente, le temps du repas des autres. Son prénom? Anna. Curieux hasard, j'en conviens, et je peux dire, ce jour, que le premier vrai amour de ma vie fut Ana, le deuxième fut Anna. Une amitié qui me prenait aux entrailles, j'aurais tout fait pour elle, pour la sauvegarde de cette amitié si belle, si liée. La fin approcha néanmoins et elle fut couronnée de succès : un beau 46,9 kg pour moi. J'étais bien, toujours en mini short, en jupette ou en maillot de bain. J'ai profité d'un été, réellement.
Une fois rentrée, la boulimie malheureusement me rattrapa, plus féroce que jamais.
Retour de la boulimie
Rentrée de colo, sortie de cet univers où j'étais libre de ne pas manger si je le voulais, où je pouvais éviter les repas, où j'étais occupée toute la journée. À la maison il fallait travailler avant la rentrée, manger à table avec les parents, "remplumer tout ça"... Après tant de jours de restriction, mon cerveau à explosé en une série de crises toutes plus atroces les unes que les autres. Très vite je suis retournée sur mes bons vieux 52 kilos. Cinq kilos de repris en mois de trois semaines, changement très brutal qui me fit déprimer et avoir les idées noires. Je ne me pesais plus qu'une fois par semaine, et évitais la glace de la salle de bain. Je voyais en mon corps un amas de graisse. Mais si seulement je savais ce qui m'attendais les mois suivant ! J'ai vainement réussi à redescendre dans les 50 kilos durant le mois d'octobre, poids que, jusqu'à ce jour je n'ai jamais retrouvé.
Car il y eut novembre et ses vacances. Partie huit jours en Normandie pour passer ma partie théorique du BAFA, je découvris ce qu'on appelle dans le milieu "le cinquième". Car oui, après le petit déjeuner, le déjeuner, le goûter et le repas du soir, il y a encore un cinquième repas. Celui de minuit-une heure du matin. Celui où la fatigue joue et appelle le sucre. Le premier jour j'ai rigolé, à regarder les autres se goinfrer d'éclairs au chocolat, de gâteau, de pain et de nutella, de fromage, de restes du riz du midi, du saucisson, des crêpes... Le deuxième jour j'y ai un peu participé, mais comme je mangeais pas mal durant les repas je n'avais pas vraiment faim, c'était surtout la gourmandise. Mon corps appelait ces friandises, mais j'ai résisté. Juste un peu de pain-nutella. Puis arriva le troisième jour, alors qu'on ne dormais que 3h chaque nuit pour finir "les devoirs" que nous demandaient nos formateurs, ma conscience a remporté. Je me suis balafrée de ces horreurs, ces merdes.
Et puis ce fut le cas pour le quatrième, le cinquième et le sixième jour. Je n'en pouvait plus, j'avais tout le temps mal au ventre et j'avais chaud. Je n'avais même pas le temps de vomir, je gardais donc tout, en souffrant.
Car là est le paradoxe d'une boulimique. Même si elle n'a vraiment pas faim, qu'elle a même mal au ventre de la veille, encore en train de digérer, si à ce moment là elle fait une crise parce qu'on lui expose de la nourriture sous le nez, elle avalera encore, de tout et de rien, du gras, du sucré jusqu'à se sentir au bord du malaise tellement elle n'en peux plus.
J'ai fini par me sentir trop mal, et j'ai décider de sauter le petit déjeuner le matin. À la place, j'allais courir dans le village. Ces petits jogging d'une demi-heure le matin m'ont ravivés et littéralement changé la vie. J'avais moins faim et je me sentais mieux. J'ai survécu comme ça. Quand je suis rentrée à la maison, mon BAFA théorique en poche, je me suis écroulée pour dormir 16h de suite. Je me suis levée, douchée et pesée. Et là j'ai vu ce chiffre, ce 55,5 kilos, chose que je n'avais pas vu depuis si longtemps ! Ivre de malheur, je suis retournée me coucher pour re-dormir 12h.
Il a pourtant bien fallut affronter la réalité, me lever et prendre un semblant de repas. Je suis retombée très vite à 53 kilos, en moins de trois jours, rien que par le fait de manger équilibré. Mais pour moi 53 kilos c'était la fin du monde, moi qui ne pensais qu'à mes 47 de l'été dernier.
Les mois passèrent avec un yoyo qui faisait alterner du 52 au 55, mais ce fut une période plutôt calme où je m'appliquai à travailler sérieusement. Mes notes furent plutôt excellentes mais mon poids ne se stabilisais toujours pas. Je vomissais très rarement, des fois, pour rattraper une crise, des fois ça ne marchais pas et je me privais toute la journée suivante.
Avril 2009
Mais vient ensuite avril, mon seconde stage pratique (après celui de février) au milieu des gamins que j'adorais vraiment. Mais qui dit colo, qui dit animatrice de colonie, dit cinquième
repas. C'était une colonie spéciale. Le thème était le zoo. Mais aussi la cuisine pédagogique. Chaque jour, un groupe d'enfants faisait un gâteau pour tous les autres au repas du soir. En
résumé, on avait du gâteau le soir, au cinquième repas (la directrice nous en mettais gentiment de côté avec deux-trois pots de nutella) et au petit déjeuner car il en restait toujours. 14
jours comme ça. Avec léchage de plats avec les gamins après l'atelier cuisine. Eux étaient les plus rassurants "Maud tu es la plus belle", "Maud je t'aime, ne change jamais", "Tes cheveux
sont trop beaux". Une animatrice, c'est le modèle, c'est celle qui est complice avec les enfants, qui les comprend. Si elle ne mange pas dans les plats avec eux, si elle ne mange pas de
gâteau à table avec eux, tout comme si elle ne jouait pas à chat sur la pelouse après le goûter, et bien c'est qu'elle ne va pas bien pour les enfants. Alors elle est toujours souriante même
si elle dort 5h par nuit, elle ne se plaint jamais, est toujours de bonne humeur. Quand un enfant est atroce, elle ne s'énerve pas, elle le punit gentiment et mange du gâteau pour faire
passer sa colère. Au cinquième j'ai vite trouvé l'astuce. Je buvait un énorme bol de thé pour me remplir l'estomac à bloc. Je ne sais pas si ça m'empêcher d'en manger plus, mais ça me donnait
bonne conscience. J'étais partie avec 54 kilos, très franchement inquiète, je suis rentrée à 59 kilos, carrément morte.
J'ai énormément réfléchis pourquoi je grossissais tant. Parce que je ne peux pas résister. Et j'ai remarqué que dès que je n'étais pas chez moi, je grossissais beaucoup plus. Sauf si, bien
entendu, je suis soutenue par une "comme moi" et que je rentre dans cette transe qui fait qu'une calorie c'est l'enfer sur terre.
Chez moi je ne mange pas de sucre. J'ai une sorte de liquide sucré à zéro calories, et des sucrettes. Je mange tout crus ou cuit mais sans jamais de sauce. Mes yaourts sont à 0%, mes parents
m'achètent du fromage allégé pour quand je m'autorise à en manger, et je saute souvent les repas du soir. Dès que je suis loin de chez moi je perds mes repères. Il y a à nouveau que du vrai
sucre et de la sauce sur mon poisson. Moi qui ne mange jamais de pâtes ou de riz, me voilà à nouveau face à des féculents.
Mais pourquoi, si je ne mange pas tout ça, je ne suis pas sublimement mince? parce que je suis boulimique et que je fais des crises. Il y a des repas où je mange trop. Par exemple trois mois
que je n'avais pas mangé de pâtes et bien me voilà avec une assiette pleine, avec en plus de la crème fraîche. Et je mange ça en moins de 5 minutes. Parce que je suis "en manque". Et que je
ne suis pas dans le bon jour. Certes j'ai essayé de manger de tout et équilibré, mais je fais tout de même des crises, donc je grossis encore plus vite. Autant manger très léger et
malheureusement ne rien perdre à cause des moments où je mange carrément trop.
Retour des restrictions
S'en étais
trop, plus vivable. Je me douchais dans le noir et je fermais les yeux face à mon visage bouffi devant la glace. J'ai arrêté de manger à nouveau. Pour perdre. Vite. C'était pas supportable,
il fallait perdre, ne plus avaler. En moins d'une semaine j'ai perdu 3 kilos. Je recommençais alors à revoir un peu de monde. J'étais à peu près présentable... et encore. Cette période fut
une des plus bizarre de ma vie. Je ne dormais plus, mi-dépression, mi-laisser-aller, je ne savais plus du tout où j'étais et où j'en étais. J'aimais quelqu'un qui ne m'aimais plus, je
souffrais de cet amour perdu, et je "baddais" très souvent le soir, lui écrivant. Il me répondait, distant mais réconfortant, et j'allais mieux. Je m'endormais très tard, vers trois
heures.
J'ai alors pris rendez vous avez une psy. J'en avais besoin, essayer de remettre tout ça en place, trouver mon chemin que j'avais égaré et me
débarrasser de mes TCA. Voilà ce que j'avais en tête. Parler de mes parents aussi. Beaucoup.
Elle décela quelques petites choses très vite, une mère
étouffante, un frère proche, très proche même.
Elle m'a aidé pour faire relâcher la pression que me mettais mes parents, plus inconsciemment que consciemment, et me pose des questions sur ma mère, persuadée que le problème vient de là.
Est-ce que vous prenez du plaisir à manger quand votre mère fait la cuisine? Qu'elles étaient vos relations dans le passé? Étiez vous proches? Mangeait-elle avec vous? Ma mère m'étouffe, par
sa magniacrie qu'elle nie totalement, mon père me questionne et veut trop en savoir. Mes parents n'arrivent pas à me voir grandir et veulent me garder petite fille, mais piaffe d'impatience
de me voir grande. Ce paradoxe est en eux et les torture sans qu'ils ne s'en rendent compte. Alors des fois je dois rentrer à la maison à 22h, et des fois ils me laissent 1h du matin. Ils se
contredisent sans arrêt de la sorte, ce qui m'enlève, une fois encore mes repères.
Il faut creuser dans le passé. Creuser. Pourquoi un jour ai-je eu envie d'arrêter de manger? Pour maigrir. Oui mais il y a autre chose selon ma psy. J'ai réfléchis et avec son aide, j'ai
trouvé un petit quelque chose déjà. À cette époque, ma meilleure amie était sous anti-dépresseurs, elle déprimait, se scarifiait, buvait... Elle est partie en clinique pour grave dépression.
Je ne pouvait pas la voir, elle était trop loin et les visites étaient interdites. À la maison, on en parlait beaucoup. J'ai arrêté de manger alors qu'elle était là-bas, dans mon espoir de
maigrir. Mais était-ce un appel? Y avait-il un rapport? Je m'inquiétais pour elle d'une force inimaginable, que moi même je ne mesure pas encore. Notre amitié était de l'amour. Trop fort pour
appeler ça de l'amitié. Sept ans qu'on passait notre vie ensemble, qu'on allait dormir chez l'une, chez l'autre, qu'on passait des nuits entières à parler. Quand elle est sortie, elle m'a
vu... à 49 kilos (hiver 2008) Alors est-ce que inconsciemment, j'ai voulu que elle aussi elle s'inquiète? Pour qu'elle se rende compte à quel point je souffrais sans elle. Ou bien est-ce que
je voulait encore me sentir sur un pied d'égalité avec elle? Nous, toujours pareille... J'avais d'ailleurs découvert la scarification à cette époque noire de ma vie. À chaque dispute avec les
parents je me foutait un coup de cutteur sous le poignet. Pourquoi? Parce que se sont des parents et qu'ils avaient toujours raison et que de toute façon je ne pouvais pas imposer mon point
de vue, ni même l'expliquer. J'enrageais toute seule. Et c'était ma délivrance. Seul mon frère était au courant.
Durant tout le mois d'avril et mai j'ai maigris, puis juin et j'ai enfin revu les 53 kilos. Je suis bel et bien stable, du moins depuis une semaine. Mais la partie n'est pas encore gagnée.
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